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Barbara Boutet ou le réveil de l'engagement citoyen à Saint-Alexis-des-Monts

Barbara Boutet ou le réveil de l'engagement citoyen à Saint-Alexis-des-Monts

Il y a ceux qui parlent d’engagement citoyen et il y a ceux qui le mettent en pratique. Barbara Boutet est une dynamique résidente de Saint-Alexis-des-Monts en Mauricie qui fait sans aucun doute partie de la seconde catégorie.

C’est à l’occasion de la campagne municipale de 2025, qu’elle décida de rentrer dans l'arène politique et de briguer un siège au conseil municipal. Elle était déterminée à aider concrètement sa municipalité face à plusieurs constats qu’elle avait identifiés, dont l’un d’eux était le manque de participation citoyenne.

Elle lança plusieurs initiatives et l’une d’elle fut (avec la participation de d’autres citoyens engagés) la création d’un groupe Facebook : Citoyens avertis de St-Alexis.

Le groupe a été créé pour être un espace numérique d’échanges pour les Alexismontois afin de favoriser la participation citoyenne, le partage d'information ainsi que pour faire de la sensibilisation sur des enjeux locaux. Malheureusement, Barbara Boutet n’a pas été élue au poste de conseillère, mais le groupe Citoyens avertis de St-Alexis est toujours là.

Le Mouvement Localiste du Québec a décidé de donner la parole à cette citoyenne engagée. Elle incarne à travers son engagement et ses actions, la représentation locale de ce que représente la participation citoyenne.

Barbara 2
Barbara Boutet

Quelle a été la source première de votre motivation pour vous présenter aux élections municipales ?

J’ai constaté le départ de plusieurs personnes et d’entreprises de St-Alexis ainsi que le manque de logements pour les familles et les aînés. J’avais commencé à assister aux séances du conseil depuis un certain temps, pour mieux comprendre ce qui se passait. J’avais commencé à suivre certains dossiers et j’étais l’une des rares à poser des questions en période de questions et même à faire des propositions. C’est en participant aux séances que j’ai mieux compris les enjeux locaux. Il faut être informé pour comprendre ce qui se passe dans sa communauté.

Était-ce votre première expérience politique ? 

Oui, première candidature officielle. J’ai réalisé que les bonnes idées, la bonne volonté et le désir d’aider ne suffisent pas en politique. Je ne savais pas que sans avoir toute une organisation à l’arrière, je n’avais aucune chance. J’ai tenté de montrer à ma communauté, ce que je pouvais apporter en participant activement à la campagne grâce à ma page Facebook de campagne : Barbara Boutet - Candidate au siège 2 à St-Alexis. 

J’ai également essayé des choses que personne n’avait jamais fait ici, comme:

- Les rencontres pré-conseil. 

- Des résumés des séances. 

- Déposition de trois propositions lors de la séance du conseil du 4 août : 

St Alexis
St-Alexis-des-Monts. Photo.

Quelques mois plus tard, quel bilan tirez-vous de cette expérience ? (positif/négatif) 

Positif : Même si je n’ai pas été élue, j’ai reçu de très beaux commentaires de la part de femmes politiciennes, de candidats élus ou non d’ici et de d’autres municipalités qui m’ont confirmé que j’avais réalisé une très belle campagne, malgré les difficultés rencontrées.

J’ai ouvert des discussions sur des sujets tabous pour sensibiliser sur de tristes réalités de notre municipalité, comme l’itinérance. 

J’ai aussi voulu donner un coup de pouce à la Maison des jeunes au bout du monde de St-Alexis en lançant un appel à l’aide pour souligner qu’elle doit fermer ponctuellement faute de financement.

Le groupe Facebook Citoyens avertis de St-Alexis a également été créé lors de la campagne pour favoriser la participation citoyenne, partager l’information et servir de canal de communication.

Aujourd’hui, nous sommes trois administrateurs et nous avons récemment atteint plus de 500 membres.

Le groupe est destiné principalement aux Alexismontois qui ont à cœur leur milieu de vie. On y partage des informations, dans le respect, sur ce qui se passe dans la communauté, l’environnement, les décisions locales, les projets communautaires et les enjeux quotidiens. 

L’intention est d’informer et de contribuer à une communauté plus vivante, basé sur le respect et l’équilibre humain/nature/communauté et sur la volonté de faire le bien commun. La campagne m’a également permis de rencontrer de nouveaux amis et alliés, d’ici et de d’autres municipalités : des personnes motivées, pleines d’idées, animées du même désir d’aider leur communauté. Nous nous inspirons mutuellement, partageons nos succès et nous sommes restés en contact. 

Négatif : J’ai observé une certaine apathie jumelée à une incompréhension de la politique municipale. La campagne électorale m’a permis de savoir quels chemins emprunter et lesquels éviter. Je concentre maintenant mon énergie et mes idées là où je sais que les choses vont avancer.

Quelles ont été les choses qui vous ont le plus surprises (dans le bon ou le mauvais sens) ? 

Positif : Les nouveaux alliés rencontrés – des citoyens et des candidats (d’ici et d’ailleurs) qui partagent le même désir de justice et d’aider réellement leur communauté. Même si les élections sont passées, nous avons gardé contact, car nous sommes des gens d’action, , près des gens, qui partageons les mêmes valeurs et désirant être informés et partager l’information.

Un autre bon coup de la campagne a été la promotion d’entreprises locales, qui a réussi à leur apporter davantage de clients.

Aujourd’hui, je réalise que ma campagne aura servi davantage à aider concrètement la communauté plutôt qu’aux élections elles-mêmes. 

Négatif : J’ai constaté une hésitation marquée aux nouvelles idées et nouvelles façons de faire. 

Également, je ne peux passer sous silence l’intimidation vécue.


Vous avez évoqué un désintérêt pour la politique municipale. À quoi attribuez-vous ce désintérêt ? 

Au sentiment d’impuissance, au manque de transparence, d’information et de compréhension.

Est-il selon vous propre à votre municipalité ou est-ce un symptôme plus général qui se vérifie à l’échelle de la province ?

Je crois que cette apathie est généralisée au Québec. 

Si vous aviez été élue, quelles auraient été vos trois propositions phares à appliquer en priorité ?

Voici les idées que je voulais apporter pour aider ma municipalité: 

  1. Le logement : Il faut urgemment développer des logements abordables (HLM ou coop 1 étage). J’avais même proposé des plans d’actions en août 2025 au précédent conseil pour lutter contre la crise du logement et l’itinérance.

  2. Dynamiser l’économie locale : avoir de vrais incitatifs avec des congés de taxes, comme l’abolition de la taxe de bienvenue pour les jeunes familles. Le Québec est surtaxé – les gens ne peuvent plus payer. Un agent de développement économique est également nécessaire. 

  3. Le citoyen d’abord : modifier la réglementation pour favoriser le dialogue, diffuser les séances en direct (comme Louiseville), créer un agent de relations citoyens (comme St-Raymond) et poursuivre les rencontres pré-conseil pour être à l’écoute des citoyens.

Vous pouvez voir la présentation de mes priorités réalisée lors de la campagne électorale.

Dans un monde idéal, si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous pour améliorer les choses au niveau municipal ?

  • Je recentrerais le citoyen au cœur des priorités
  • Je mettrais en place des budgets participatifs obligatoires
  • Droit de véto citoyen sur les gros projets
  • Un soutien prioritaire serait accordé aux entreprises et initiatives locales
  • Il y aurait la diffusion en ligne des séances du conseil
  • Ce serait tolérance zéro à l’intimidation pour tous les candidats élus ou non. 

Si des gens de d’autres municipalités veulent s’inspirer de ce que vous avez fait et de ce que vous faites, comment peut-on établir le lien ? La création d’un réseau de bonnes volontés municipales à l’échelle de la Province est-elle désirable ? Et si oui, comment y parvenir ? 

Je ne sais pas à l’échelle provinciale, mais ici à Saint-Alexis, le groupe Facebook Citoyens avertis de St-Alexis a été créé pour encourager la participation citoyenne. 

C’est un canal de communication pour favoriser le dialogue local, le partage d’informations et d’opinions entre citoyens et qui encourage les nouvelles idées dans le but d’améliorer notre communauté. 

Le groupe est ouvert à tous ceux qui s’intéressent à ce qui se passe à Saint-Alexis-des-Monts et qui veulent s’informer, se garder en contact, participer positivement ou simplement s’inspirer.

Si vous connaissez d’autres municipalités québécoises dans lesquelles des citoyens s'engagent concrètement pour leur ville, n’hésitez pas à nous écrire, ça nous intéresse ! Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

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Ste-Émélie-de-l’Énergie : quand un village québécois tente de remettre l’Humain au cœur de la politique municipale

Ste-Émélie-de-l’Énergie : quand un village québécois tente de remettre l’Humain au cœur de la politique municipale

« Si tu ne t’intéresses pas à la politique, la politique s’intéressera à toi ! ». Il semble bien que cet adage populaire en forme de mise en garde soit de plus en plus d’actualité.

Crise après crise, gabegie municipale après gabegie municipale, scandale après scandale, l'intérêt des citoyens envers la chose politique s'est effrité au fil des ans.

Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Il est en effet nécessaire de distinguer la Politique « politicienne » avec un grand « P » de la politique à hauteur de citoyen : la politique municipale.

Bien loin des idéologies politiques inhérentes aux partis officiels, qui se retrouvent bien souvent de facto déconnectés du réel auquel sont confrontés leurs électeurs, il y a des hommes et des femmes qui adoptent une position plus pragmatique en s’impliquant concrètement dans la politique de leur municipalité. Un des exemples de cet engagement est incarné par Jonathan Guay.

Conscient que la politique municipale était l’affaire de tous, il décide à l’occasion des élections municipales québécoises de « réveiller l’esprit de village » en lançant le mouvement Renouveau Citoyen (septembre 2025). Il s’engage pour cela dans la course à la mairie de Ste-Émélie-de-l’Énergie, un village de Lanaudière de moins de 2 000 habitants dans lequelle il réside depuis plus de 15 ans.

Saut dans les airs

« Je me suis présenté à l’élection car j’ai senti qu’on était mûrs pour un renouveau en ce qui concerne notre citoyenneté, dit Jonathan Guay. J’ai voulu impliquer les gens de mon village pour qu’ils voient au-delà des institutions politiques. J’ai essayé d’être une sorte d’étincelle, de déclencheur pour qu’on puisse enfin remettre l’Humain en avant ».

Les six principes fondateurs de ce mouvement citoyen sont à découvrir dans le programme ci-dessous.

6 principes

Plusieurs objectifs concrets alimentent ce mouvement : « La démarche du Renouveau citoyen, c’est impliquer davantage la population dans la vie municipale, au-delà du simple vote aux élections. L’objectif est de créer un espace où les citoyens peuvent mieux comprendre les décisions publiques, contribuer aux réflexions collectives et proposer des solutions adaptées aux besoins réels du village. »

Jonathan parle sans ambage du caractère amorphe qu’on observe parfois au Québec en matière d’engagement politique. « Je ne veux pointer personne du doigt, mais je constate que nous sommes tous plus ou moins pris dans nos vies, dans nos préoccupations individuelles et que nous sommes parfois carrément en mode survie ».

Au cours de notre entrevue, Jonathan insistera sur une distinction linguistique qui est tout sauf superficielle. Selon lui, il est important de distinguer Ste-Émélie-de-l’Énergie la municipalité, qui est une entité purement administrative, de Ste-Émélie-de-l’Énergie, un village qui est constitué d’humains.

Groupe

La notion de subsidiarité, chère au MLQ, irrigue tout le mouvement Renouveau citoyen:

Subsi

À ses heures loin d’être perdues, le jeune entrepreneur autodidacte utilise sa chaîne YouTube pour mettre en lumière des initiatives locales comme Le Comptoir St-Vrac à St-Adrien, pour donner la parole à des habitants (des personnages haut en couleurs) de son village, comme Baba ou pour partager ses compositions musicales originales.

Jonathan n’a pas été élu maire en 2025, mais il n’a pas abandonné son engagement citoyen pour autant et sa page Facebook, toujours active, témoigne de cette volonté de continuer le travail.

« J’apprécie les communautés qui se prennent en main et qui s’autodéterminent, dit-il. Je vois bien que dans beaucoup de villages québécois il y a une perte de la convivialité, une certaine forme de déshumanisation même. »

Une autre notion qui reviendra souvent dans la bouche de Jonathan au cours de notre entretien est celle de la décentralisation. « Nous constatons que nos institutions font souvent défaut et qu’il est donc nécessaire que l’on reprenne nos responsabilités au niveau individuel et pour cela il faut un réseau humain, décentralisé au sein duquel la confiance prend tout son sens. Je crois qu’il est possible d’arriver à créer des cercles de réflexion entre plusieurs municipalités et de créer un véritable réseau décentralisé de gens qui se connaissent, qui partagent les mêmes valeurs et qui finissent par former un maillage social. Mais pour cela, la confiance doit être de mise ».

Le jeune entrepreneur originaire de Lévis ne se berce pas d’illusions et a bien conscience que pour le moment, il ne fait que planter quelques graines. « J’aimerais beaucoup que l'initiative Renouveau Citoyen de Ste-Émélie-de-l’Énergie inspire d’autres municipalités, de façon spontanée, à aller dans ce sens ».

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Constitution du Québec sans référendum : la contestation s’organise

Constitution du Québec sans référendum : la contestation s’organise

Le 9 octobre 2025, un projet de loi constitutionnelle signé par le ministre de la Justice du Québec Simon Jolin-Barrette a été présenté à l’Assemblée nationale. 

Selon le gouvernement, ce projet de loi « vise à assurer la protection de la nation québécoise, ses valeurs et ses droits collectifs.»

Depuis son dépôt, de nombreuses voix se sont élevées. Une pétition a été lancée, celle-ci recueille au moment de la rédaction de cet article 2 440 signatures. La date limite pour la signer est le 26 février 2026.

Le texte de cette pétition indique notamment que

  • Le gouvernement a dévoilé le projet de loi constitutionnelle « sans mandat électoral et sans consultation citoyenne préalable »

  • « Tous les partis d’opposition ont rejeté ce projet de loi dès son dépôt à l’Assemblée nationale, geste rare et révélateur de son absence de légitimité »

  • « Le Barreau du Québec a dénoncé publiquement l’érosion des contre-pouvoirs et les risques sérieux pour l’État de droit que comporte, entre autres, ce projet de loi »; 

Lisez ici l'article Le projet de constitution soulève des enjeux juridiques fondamentaux émis par le Barreau du Québec.

Aux avant-postes des contestataires, on trouve L’Alliance pour une constituante citoyenne du Québec (ACCQ), une entité qui se donne comme mission de « Promouvoir, de préparer et de provoquer la convocation d’une Assemblée constituante citoyenne non partisane, totalement libre dans ses délibérations, ayant comme mandat la rédaction d’une Constitution par et pour le peuple ».

Citation

Le 24 novembre 2025, l’ACCQ a mis en ligne un mémoire de 20 pages qui détaille les critiques faites au projet de loi qui est qualifié d '« inacceptable et illégitime »

Dans ce document, l’Alliance fait le distingo entre les notions de légalité et de légitimité et précise que si « le gouvernement du Québec peut légalement présenter un projet de loi constitutionnelle de portée provinciale, il ne s'appuie sur aucune légitimité pour ce faire.» 

Ainsi, l’ACCQ se dresse-t-il contre un processus qui se soustrait à la volonté du peuple québécois, seul souverain.

« Il est difficile de convenir qu'un gouvernement, aussi populaire soit-il, puisse adopter une “ constitution ”, cette Loi fondamentale, sans que la population n'ait disposé du temps nécessaire pour en comprendre la portée, n'ait participé aux débats et soit appelé, par voie référendaire, à l'entériner.»

L’article 5 du manifeste de l'ACCQ rappelle que « Le peuple québécois ne s’est jamais prononcé sur ce qui lui sert de constitution, aussi bien au Québec qu’au Canada. » 

Autre point de frottement pour l’ACCQ, une déclaration de principe qui est condamnée à rester théorique.

« Le projet de loi 1 mentionne que “Le peuple québécois peut, en fait et en droit, disposer de lui-même. “ (Chapitre deuxième, articles 13 et 14). Cependant, aucune disposition ne vient par la suite donner des moyens concrets au peuple québécois pour exercer lui-même sa souveraineté. »

Autre reproche : l’absence d’un réel contre-pouvoir. « Il n'existe aucune mention d'un quelconque contre-pouvoir, de mécanismes de révocation ou autre, qui imposerait l'imputabilité à l'État face au peuple qu'il sert. Par exemple, instituer une chambre citoyenne dans le parlement témoignerait, de la part du gouvernement, d'un intérêt pour une véritable démocratie.»